Je me tenais debout , contre un mur vraisemblablement abîmè par le passage et les années. Metro , station St Michel. La fin d'un après midi un peu trop ensoleillé à mon gôut; quand on regarde devant soi ,ça forme des petites vaguelettes au loin , dues à la chaleur. J' ai un peu chaud dans mon débardeur blanc rayé de vert que tout le monde a à présent. Jack White et son acolyte Meg dans les oreilles , une gorgée d'eau issue de mon éternelle besace de velours noir.
L'atmosphère est pesante. Des couples , des tout-seul qui rentrent du travail , le cartable en cuir sous le bras et le portable à l'oreille "oui je suis là dans vingts mminutes" , des adolescentes qui ricannent , plastiques Claires et Pimkie au bout des doigts.
On s'imagine leur petite vie rangée et on se demande soudain , en dénaturant leurs traits faciaux du regard , pourquoi on s' est plaint jusqu' alors. Bien sur que je le sais , pourquoi , mais aprèe avoir envisagé la leur , d'existence...
Mon estomac gargouille , "pense au jean slim gris Comme Des Garçons...Pas manger!!!" , encore une gorgée d'eau.
Get Behind Me Satan.
Puis il est là , alors qu'il ne l'etait pas la seconde précédente.
L'incarnation de l'idéal , dans le physique , l'attitude , le loook et l 'aura. Il s'approche dans sa démarche désarticulée et se pose nonchalament sur le sol , ni trop près ni trop loin de moi. Il s'allume une lucky strike , pose des lunettes hypement rétro sur son nez , remue ses cheveux et tousse un coup. Tand de gestes que j'aurai été sûre de faire si j' avais été lui à ce moment précis.
L' air est plein de plomb , au gré du ballet des gans et de leurs allées et venues.
Alors que j 'essaye de deviner la teinte que prendraient ses yeux sous un ciel pluvieux aux nuages cotonneux , le garçon fixe un point dans le vide. Regard de défiance.
Clic-clac polaroïde , je grave cette seconde dans mon disque dur.
Pis on attend , et je me demande si cette attitude est naturelle , révolte intérieure , ou si c'est de l'affichage de coolitude nauséeux et navrant. Il tripote un mediator de la corne de son index , un chapeau noir dépasse de son sac.
Mes barcelets font glingling entre eux , il m'aperçoit.
Je sens son regard qui scanne les traits de mon visage , qui ne seront jamais aussi fins que les siens. Il joue avec le piercing qui habille le coté droit de sa lèvre inferieure. On s' appelle chacun du regard quand l'autre regarde volontairement ailleurs.
On a exactement les mêmes chaussures , il le remarque et escisse un rictus qui se veut sourire. Je lui rends , regard vide mais toutes fossettes dehors.
Une lumière rouge au bout du tunnel.
Mon train m 'arrache à la seule ppersonne qui me ressemblait un tant soit peu dans le tango des gens d'ici et d 'aujourd' hui.
J'aurai aimé entendre sa voix , qui aurait été j'en suis sûre empruntée et presque lugubre.
Un dernier échange de regards , je bouscule une femme en montant dans le train , elle m'engueule et le grain de sa voix resonne encore dans ma tête maintenant. Le train démarre , je vais m'asseoir avec Jack et Meg , les pieds rentrés vers l' intérieur , je chante silencieusement , et je me sens seule.
Il y a des gens, ils connaissent mieux votre âme en dix minutes de regards que ceux qui discutent avec vous depuis un an.
On appelle ça un rendez vous manqué.
Un verre de campari écarlate.
Rideau.
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listen: le silence